Afrique : la violation des droits de l’homme en période électorale, une habitude devenue système

29 octobre 2025

Afrique : la violation des droits de l’homme en période électorale, une habitude devenue système

Les élections en Afrique subsaharienne sont trop souvent marquées par la répression, la fraude et les atteintes aux libertés fondamentales.

En Afrique subsaharienne, les élections — censées incarner l’expression démocratique — sont fréquemment entachées de violences, d’arrestations arbitraires et de manipulations institutionnelles. Ce qui devait être un symbole de maturité politique devient un moment de tension et de violation des droits fondamentaux.

Cette réalité s’impose désormais comme une constante structurelle des processus électoraux africains. Et le Cameroun, à travers la présidentielle du 12 octobre 2025, en offre un nouvel exemple.

Les multiples visages de la violation des droits de l’homme en Afrique

La violation des droits de l’homme en période électorale se manifeste sous plusieurs formes, toutes révélatrices d’un profond dysfonctionnement démocratique :

  • Atteinte à la liberté d’expression : suspension des médias indépendants, coupures d’internet, harcèlement judiciaire des journalistes. Le Tchad en 2021 en fut un cas emblématique.
  • Violences physiques et répression : les manifestations pacifiques sont souvent dispersées par la force, causant des morts et des blessés. Comme c’est le cas au Cameroun cette période électorale 2025
  • Arrestations arbitraires : les leaders politiques et les militants de la société civile sont régulièrement interpellés, comme ce fut le cas en Guinée en 2020.
  • Manipulations électorales : fraudes massives, bourrages d’urnes et commissions électorales partiales sapent la crédibilité des scrutins.

Cameroun 2025 : un scrutin sous tension

Le scrutin présidentiel camerounais du 12 octobre 2025 n’a pas échappé à cette logique. Avant même la proclamation des résultats, quatre manifestants ont été tués le 26 octobre lors de heurts avec les forces de l’ordre, selon les autorités.

À l’issue du dépouillement, le président Paul Biya a été déclaré vainqueur avec 53 % des suffrages, contre 35 % pour Issa Tchiroma Bakary. Les partisans de ce dernier ont immédiatement dénoncé une “victoire confisquée”. Ces tensions rappellent d’autres crises postélectorales qui ont marqué l’Afrique :

  • En Côte d’Ivoire (2010), la crise Gbagbo-Ouattara fit plus de 3 000 morts.
  • En RDC (2018), la victoire contestée de Félix Tshisekedi suscita la colère des partisans de Martin Fayulu.
  • Au Kenya (2007), les violences postélectorales causèrent plus de 1 100 morts.

Afrique subsaharienne: Une démocratie d’apparat

Pour le philosophe Achille Mbembe, la démocratie africaine souffre d’un “syndrome du simulacre” : les institutions existent, mais elles fonctionnent sans âme citoyenne.
De son côté, Paulin Hountondji souligne que l’Afrique vit souvent une démocratie importée, déconnectée de ses réalités socioculturelles. Quant à Cheikh Hamidou Kane, il voyait déjà dans L’Aventure ambiguë “l’illusion du changement dans la continuité”.

Ces analyses convergent vers un même constat : les élections africaines sont souvent des rituels de légitimation du pouvoir, plutôt que de véritables compétitions démocratiques.

Quel avenir pour la démocratie africaine ?

Les répressions électorales et la manipulation des institutions sapent la confiance des citoyens. Pourtant, des alternatives africaines existent. Le concept d’Ubuntu, fondé sur la solidarité, la concertation et la responsabilité collective, offre une voie vers une démocratie plus enracinée dans les valeurs africaines.

Mais sans justice, sans transparence et sans respect des libertés, aucune démocratie ne peut survivre.
Les organisations de défense des droits de l’homme doivent désormais jouer pleinement leur rôle pour que les élections cessent d’être des moments de peur et deviennent enfin des fêtes de la citoyenneté.

Étiquettes
Partagez