Fière d’être Camerounaise : Une fierté nourrie par l’histoire

29 mai 2025

Fière d’être Camerounaise : Une fierté nourrie par l’histoire

Être Camerounaise est pour moi une grâce. Certes, je pourrais évoquer la richesse inégalée de notre terroir, nos ressources naturelles et humaines qui font pâlir d’envie bien des nations, ou encore notre diversité culinaire qui fait voyager les sens. Mais au-delà de tout cela, ma plus grande fierté réside dans notre passé historique. Un passé dense, complexe, héroïque, qui forge en moi un sentiment profond d’appartenance et d’engagement.

Ludovic Kamdem

Cet article s’inscrit dans le cadre de la campagne « Fière d’être Camerounais(e) », portée par l’Association des blogueurs du Cameroun (ABC) à l’occasion de la 53e édition de la Fête de la Jeunesse. À travers ces lignes, j’ai souhaité rendre hommage à l’histoire de notre pays, cette trame épaisse faite de résistance, de dignité et de lutte pour la liberté.

Fière d’être camerounais

Aux origines : une mémoire pharaonique

Certains travaux d’historiens et d’anthropologues africains comme Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga ou encore Joseph Ki-Zerbo, soutiennent que plusieurs peuples d’Afrique noire, notamment ceux d’Afrique centrale, seraient issus d’anciennes migrations venues de la vallée du Nil. Selon Cheikh Anta Diop dans Nations nègres et culture (1954), les peuples bantous, majoritaires au Cameroun, partagent une filiation culturelle et linguistique avec l’Égypte pharaonique. Ce lien avec l’Égypte antique, berceau de la science, de la médecine, de la philosophie et de l’organisation politique, n’est pas anodin. Il nous rappelle que nos ancêtres étaient les bâtisseurs de grandes civilisations, les gardiens du savoir et de l’équilibre communautaire. Une mémoire que nous devons raviver.

Une nation forgée dans la douleur et la dignité

L’histoire coloniale du Cameroun, elle, est marquée par les cicatrices de la domination étrangère. Protectorat allemand dès 1884, puis passé sous tutelle française et britannique à partir de 1919 après la Première Guerre mondiale, le Cameroun a subi les effets directs de la logique impérialiste européenne. Mais derrière ces pages sombres, se cachent aussi les éclats lumineux d’une résistance farouche.

lire aussi Ubuntu : Quand la société oublie l’humanité – L’histoire bouleversante de Mariette

Des figures comme Rudolf Douala Manga Bell, chef traditionnel du peuple Duala, ont incarné cette lutte. Opposé à la spoliation des terres de son peuple par l’administration allemande, il fut arrêté et pendu publiquement en 1914. Sa mort tragique n’a pas éteint la flamme de la résistance, bien au contraire. Il reste aujourd’hui le symbole d’une dignité inébranlable face à l’injustice.

Douala Manga Bell

Les guerres d’indépendance : l’honneur d’un peuple

Le Cameroun a été l’un des rares pays d’Afrique francophone à mener une guerre armée pour son indépendance. Cette lutte a été conduite principalement par l’Union des Populations du Cameroun (UPC), parti fondé en 1948, qui revendiquait une véritable indépendance nationale et la réunification du pays, alors divisé entre les administrations française et britannique.

Ruben Um Nyobè, figure majeure de cette époque, milita pour une indépendance authentique et unifiée. Surnommé le Mpodol (porte-parole), il dénonçait avec vigueur les abus coloniaux et appelait à une nation camerounaise fraternelle et démocratique. Il fut assassiné en 1958 par l’armée coloniale française, mais son message reste d’une brûlante actualité : « Nous voulons une indépendance qui ne soit pas une fiction, mais une réalité. »

Après lui, Félix-Roland Moumié prit le flambeau. Il porta la voix du Cameroun insurgé jusqu’à l’ONU et à Genève, où il fut empoisonné par les services secrets français en 1960. Ernest Ouandié, dernier chef de la résistance armée, poursuivit la lutte jusqu’à son exécution publique en 1971 à Bafoussam. Ces hommes ne sont pas que des noms dans les manuels scolaires : ils sont les piliers d’une nation qui n’a jamais courbé l’échine.

Une fierté en héritage

Ce passé, aussi douloureux qu’édifiant, me donne la certitude que le Cameroun est une terre de héros. Une terre d’hommes et de femmes qui, hier comme aujourd’hui, se lèvent pour la justice, la dignité et la liberté. Si le pays a su produire des figures aussi illustres que Um Nyobè, Moumié, Ouandié ou Manga Bell, alors il peut encore enfanter des bâtisseurs de demain.

Il ne s’agit pas de se complaire dans la nostalgie, mais de puiser dans cette histoire la force de continuer. Comme le dit si bien un proverbe camerounais : « Impossible n’est pas camerounais. » Chez nous, on ne baisse pas les bras. On perd quand on veut. On gagne quand on veut.

Voilà pourquoi je suis fière d’être Camerounaise. Parce que ce nom ne suffit plus à nous définir. Nous ne sommes pas seulement un pays. Nous sommes un continent en mouvement.

Partagez