Ludovic Kamdem

Afrique : la violation des droits de l’homme en période électorale, une habitude devenue système

Les élections en Afrique subsaharienne sont trop souvent marquées par la répression, la fraude et les atteintes aux libertés fondamentales.

En Afrique subsaharienne, les élections — censées incarner l’expression démocratique — sont fréquemment entachées de violences, d’arrestations arbitraires et de manipulations institutionnelles. Ce qui devait être un symbole de maturité politique devient un moment de tension et de violation des droits fondamentaux.

Cette réalité s’impose désormais comme une constante structurelle des processus électoraux africains. Et le Cameroun, à travers la présidentielle du 12 octobre 2025, en offre un nouvel exemple.

Les multiples visages de la violation des droits de l’homme en Afrique

La violation des droits de l’homme en période électorale se manifeste sous plusieurs formes, toutes révélatrices d’un profond dysfonctionnement démocratique :

  • Atteinte à la liberté d’expression : suspension des médias indépendants, coupures d’internet, harcèlement judiciaire des journalistes. Le Tchad en 2021 en fut un cas emblématique.
  • Violences physiques et répression : les manifestations pacifiques sont souvent dispersées par la force, causant des morts et des blessés. Comme c’est le cas au Cameroun cette période électorale 2025
  • Arrestations arbitraires : les leaders politiques et les militants de la société civile sont régulièrement interpellés, comme ce fut le cas en Guinée en 2020.
  • Manipulations électorales : fraudes massives, bourrages d’urnes et commissions électorales partiales sapent la crédibilité des scrutins.

Cameroun 2025 : un scrutin sous tension

Le scrutin présidentiel camerounais du 12 octobre 2025 n’a pas échappé à cette logique. Avant même la proclamation des résultats, quatre manifestants ont été tués le 26 octobre lors de heurts avec les forces de l’ordre, selon les autorités.

À l’issue du dépouillement, le président Paul Biya a été déclaré vainqueur avec 53 % des suffrages, contre 35 % pour Issa Tchiroma Bakary. Les partisans de ce dernier ont immédiatement dénoncé une “victoire confisquée”. Ces tensions rappellent d’autres crises postélectorales qui ont marqué l’Afrique :

  • En Côte d’Ivoire (2010), la crise Gbagbo-Ouattara fit plus de 3 000 morts.
  • En RDC (2018), la victoire contestée de Félix Tshisekedi suscita la colère des partisans de Martin Fayulu.
  • Au Kenya (2007), les violences postélectorales causèrent plus de 1 100 morts.

Afrique subsaharienne: Une démocratie d’apparat

Pour le philosophe Achille Mbembe, la démocratie africaine souffre d’un “syndrome du simulacre” : les institutions existent, mais elles fonctionnent sans âme citoyenne.
De son côté, Paulin Hountondji souligne que l’Afrique vit souvent une démocratie importée, déconnectée de ses réalités socioculturelles. Quant à Cheikh Hamidou Kane, il voyait déjà dans L’Aventure ambiguë “l’illusion du changement dans la continuité”.

Ces analyses convergent vers un même constat : les élections africaines sont souvent des rituels de légitimation du pouvoir, plutôt que de véritables compétitions démocratiques.

Quel avenir pour la démocratie africaine ?

Les répressions électorales et la manipulation des institutions sapent la confiance des citoyens. Pourtant, des alternatives africaines existent. Le concept d’Ubuntu, fondé sur la solidarité, la concertation et la responsabilité collective, offre une voie vers une démocratie plus enracinée dans les valeurs africaines.

Mais sans justice, sans transparence et sans respect des libertés, aucune démocratie ne peut survivre.
Les organisations de défense des droits de l’homme doivent désormais jouer pleinement leur rôle pour que les élections cessent d’être des moments de peur et deviennent enfin des fêtes de la citoyenneté.


« À bout » sur Netflix : un film de Tyler Perry qui alerte sur les dérives de l’individualisme et rappelle l’importance de l’Ubuntu

Netflix vient de frapper fort avec son nouveau thriller À bout (Straw en version originale), réalisé par Tyler Perry et porté par une performance bouleversante de Taraji P. Henson. Si vous ne l’avez pas encore vu, ce film est bien plus qu’un simple divertissement : c’est un miroir tendu à nos sociétés modernes et une invitation à réapprendre la solidarité à l’africaine.

Straw / A bout

Un scénario glaçant inspiré d’une réalité sociale

Dans À bout, Taraji P. Henson campe Janiyah Wiltkinson, une mère célibataire au bout du rouleau. En une journée, elle perd son logement, son emploi et la garde de sa fille. Poussée dans ses derniers retranchements, elle commet un braquage de banque par désespoir. Le film, haletant, dévoile la face sombre du capitalisme et d’une société qui broie les plus vulnérables.

Teyana Taylor et Rockmond Dunbar accompagnent brillamment Henson dans ce drame social d’une intensité rare. Tyler Perry, fidèle à son engagement, signe une œuvre qui dérange et pousse à la réflexion.

Une critique du capitalisme individualiste

Au-delà du suspense, À bout expose la logique froide d’un monde où chacun pense pour soi. Une propriétaire inflexible, un manager insensible, un policier corrompu : tout concourt à précipiter Janiyah dans l’abîme.

L’historien Cheikh Anta Diop nous rappelle que les sociétés africaines traditionnelles reposaient sur une solidarité naturelle, une responsabilité collective. Ici, Tyler Perry nous montre le contraire : une société où l’humain est sacrifié au profit.

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L’Ubuntu comme antidote à la dérive sociale

Face à ce constat, le film résonne comme un appel : restons attachés à nos valeurs africaines de solidarité et de cohésion, synthétisées par la philosophie de l’Ubuntu. Comme l’expliquait Desmond Tutu« Je suis parce que nous sommes. » Ce principe est le ciment qui maintient debout les communautés africaines face aux crises.

Aujourd’hui plus que jamais, alors que l’individualisme gagne du terrain jusque dans nos villes et villages, il est vital de transmettre l’Ubuntu aux jeunes générations.

Straw

Ce que nous devons retenirsur le film

Regarder À bout, c’est se confronter à une dure réalité : quand on oublie l’humain, on creuse la misère et la violence. Mais c’est aussi se souvenir que nous, Africains, portons une réponse universelle : la force du « vivre ensemble ».

Face à l’indifférence, soyons des bâtisseurs de ponts. Face à l’égoïsme, cultivons l’entraide. Comme le dit un proverbe bantou : « Un seul bras ne peut pas laver le visage. »

Et toi, que penses-tu de l’Ubuntu ? Partage ton avis en commentaire et dis-nous comment tu appliques cette philosophie dans ta vie de tous les jours.


Fière d’être Camerounaise : Une fierté nourrie par l’histoire

Être Camerounaise est pour moi une grâce. Certes, je pourrais évoquer la richesse inégalée de notre terroir, nos ressources naturelles et humaines qui font pâlir d’envie bien des nations, ou encore notre diversité culinaire qui fait voyager les sens. Mais au-delà de tout cela, ma plus grande fierté réside dans notre passé historique. Un passé dense, complexe, héroïque, qui forge en moi un sentiment profond d’appartenance et d’engagement.

Ludovic Kamdem

Cet article s’inscrit dans le cadre de la campagne « Fière d’être Camerounais(e) », portée par l’Association des blogueurs du Cameroun (ABC) à l’occasion de la 53e édition de la Fête de la Jeunesse. À travers ces lignes, j’ai souhaité rendre hommage à l’histoire de notre pays, cette trame épaisse faite de résistance, de dignité et de lutte pour la liberté.

Fière d’être camerounais

Aux origines : une mémoire pharaonique

Certains travaux d’historiens et d’anthropologues africains comme Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga ou encore Joseph Ki-Zerbo, soutiennent que plusieurs peuples d’Afrique noire, notamment ceux d’Afrique centrale, seraient issus d’anciennes migrations venues de la vallée du Nil. Selon Cheikh Anta Diop dans Nations nègres et culture (1954), les peuples bantous, majoritaires au Cameroun, partagent une filiation culturelle et linguistique avec l’Égypte pharaonique. Ce lien avec l’Égypte antique, berceau de la science, de la médecine, de la philosophie et de l’organisation politique, n’est pas anodin. Il nous rappelle que nos ancêtres étaient les bâtisseurs de grandes civilisations, les gardiens du savoir et de l’équilibre communautaire. Une mémoire que nous devons raviver.

Une nation forgée dans la douleur et la dignité

L’histoire coloniale du Cameroun, elle, est marquée par les cicatrices de la domination étrangère. Protectorat allemand dès 1884, puis passé sous tutelle française et britannique à partir de 1919 après la Première Guerre mondiale, le Cameroun a subi les effets directs de la logique impérialiste européenne. Mais derrière ces pages sombres, se cachent aussi les éclats lumineux d’une résistance farouche.

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Des figures comme Rudolf Douala Manga Bell, chef traditionnel du peuple Duala, ont incarné cette lutte. Opposé à la spoliation des terres de son peuple par l’administration allemande, il fut arrêté et pendu publiquement en 1914. Sa mort tragique n’a pas éteint la flamme de la résistance, bien au contraire. Il reste aujourd’hui le symbole d’une dignité inébranlable face à l’injustice.

Douala Manga Bell

Les guerres d’indépendance : l’honneur d’un peuple

Le Cameroun a été l’un des rares pays d’Afrique francophone à mener une guerre armée pour son indépendance. Cette lutte a été conduite principalement par l’Union des Populations du Cameroun (UPC), parti fondé en 1948, qui revendiquait une véritable indépendance nationale et la réunification du pays, alors divisé entre les administrations française et britannique.

Ruben Um Nyobè, figure majeure de cette époque, milita pour une indépendance authentique et unifiée. Surnommé le Mpodol (porte-parole), il dénonçait avec vigueur les abus coloniaux et appelait à une nation camerounaise fraternelle et démocratique. Il fut assassiné en 1958 par l’armée coloniale française, mais son message reste d’une brûlante actualité : « Nous voulons une indépendance qui ne soit pas une fiction, mais une réalité. »

Après lui, Félix-Roland Moumié prit le flambeau. Il porta la voix du Cameroun insurgé jusqu’à l’ONU et à Genève, où il fut empoisonné par les services secrets français en 1960. Ernest Ouandié, dernier chef de la résistance armée, poursuivit la lutte jusqu’à son exécution publique en 1971 à Bafoussam. Ces hommes ne sont pas que des noms dans les manuels scolaires : ils sont les piliers d’une nation qui n’a jamais courbé l’échine.

Une fierté en héritage

Ce passé, aussi douloureux qu’édifiant, me donne la certitude que le Cameroun est une terre de héros. Une terre d’hommes et de femmes qui, hier comme aujourd’hui, se lèvent pour la justice, la dignité et la liberté. Si le pays a su produire des figures aussi illustres que Um Nyobè, Moumié, Ouandié ou Manga Bell, alors il peut encore enfanter des bâtisseurs de demain.

Il ne s’agit pas de se complaire dans la nostalgie, mais de puiser dans cette histoire la force de continuer. Comme le dit si bien un proverbe camerounais : « Impossible n’est pas camerounais. » Chez nous, on ne baisse pas les bras. On perd quand on veut. On gagne quand on veut.

Voilà pourquoi je suis fière d’être Camerounaise. Parce que ce nom ne suffit plus à nous définir. Nous ne sommes pas seulement un pays. Nous sommes un continent en mouvement.


Ubuntu : Quand la société oublie l’humanité – L’histoire bouleversante de Mariette

Dans un monde où l’individualisme prend chaque jour un peu plus de place, des histoires comme celle de Mariette nous rappellent à quel point nos valeurs africaines sont en péril. Ce récit, interroge profondément sur la perte de notre humanité et l’urgence de réhabiliter une valeur ancestrale : l’Ubuntu

Mariette/ UBUNTU

Quand tout s’écroule : le destin tragique de Mariette

Mariette, jeune veuve de 28 ans, d’un mari empoisonné par un soi-disant ami, se retrouve brutalement mise à la porte par sa belle-famille. Avec son fils de deux ans attaché sur le dos, elle erre sans abri dans les rues de Douala.

Deux jours plus tard, elle est agressée sexuellement et dépouillée. Poussée par l’instinct de survie, elle tente de porter plainte. Mais au poste de police, on lui demande de l’argent pour enregistrer sa plainte. Une somme qu’elle n’a pas.

Et comme si le destin voulait s’acharner, son bébé tombe gravement malade. À l’hôpital, on lui exige une caution avant toute prise en charge. Sans ressources, elle assiste impuissante à la mort de son enfant.

femme noir qui pleure avec l’enfant au dos

Une société sans âme : Où est passée l’Afrique solidaire ?

À genoux, Mariette se pose une question fondamentale :

“Où est passé notre Ubuntu ?”

Cette philosophie africaine qui affirme : “Je suis parce que nous sommes.”

Cette valeur qui a permis à Nelson Mandela de sortir de 27 ans de prison avec un message de réconciliation.

Cette société où l’on ne pouvait pas être heureux sans l’autre…

L’histoire de Mariette : Quand l’Afrique oublie l’Ubuntu L’histoire de Mariette : Quand l’Afrique oublie l’Ubuntu

jeune femme noir qui pleure avec l’enfant au dos

Ubuntu : une urgence sociale et humaine

Face à tant de souffrances, il est urgent de raviver l’Ubuntu dans nos cœurs, nos institutions, nos rues et nos écoles.

  • ✅ Pour que plus jamais un enfant ne meure parce que sa mère est pauvre
  • ✅ Pour que plus jamais une femme ne soit violée dans l’indifférence
  • ✅ Pour que notre société ne ferme plus jamais les yeux

L’histoire de Mariette est celle de milliers de femmes africaines abandonnées. Elle est aussi l’opportunité pour nous de changer l’Histoire.

UBUNTU. Je suis parce que nous sommes.

Pour aller plus loin

🔗 En savoir plus sur la philosophie Ubuntu :